Chronique 1/91

Chaque jour, de nombreux automobilistes qui empruntent la fameuse « Route mauve » joli surnom donné jadis à la Nationale 20 par le Touring-Club de France, jettent un regard discret sur la Tour de Montlhéry qui peut s’enorgueillir d’être devenue au fil du temps une figure majeure de l’histoire de notre territoire.
Elle nous apparait ainsi comme un édifice d’une trentaine de mètres de hauteur vissé sur le sommet d’une butte de 137 mètres de haut, demeurant surtout le vestige principal du Château-fort de Montlhéry qui à l’instar de celui d’Etampes a disparu mais qui est reste ancré à jamais dans notre mémoire.
En gravissant les 138 marches de ce donjon médiéval millénaire qui permettent d’ accéder à son sommet, on se transforme d’emblée en spectateur privilégié d’un superbe panorama sur la région : au nord, on découvre Paris et ses monuments dont le Sacré-Cœur ou bien sûr la tour Eiffel, tous deux édifiés bien plus tard à la fin du XIXème siècle mais qui sont ad vitam aeternam devenues également des figures emblématiques…
Au sud, la vue est moins spectaculaire, offrant une vision beaucoup plus bucolique, plus touffue naturellement, nous incitant toutefois à une invitation au voyage, avec le Hurepoix qui s’étire pour mener à la Beauce avec cette notion d’infini suggéré….
Le site a été classé monument historique dès 1840. Et qui visite les lieux apprendra que c’est Thibaud (File-Etoupe), un forestier du roi Robert 1er qui commença les fortifications vers 991 et que le premier château en pierre fut érigé par Guy 1er de Montlhéry, le seigneur local.
A une époque où la France était loin d’avoir atteint l’unité territoriale qu’elle connait aujourd’hui, plusieurs rois dont Louis VI ou Philippe-Auguste ont contribué à le reconstruire, le fortifier et surtout l’intégrer au domaine royal, menacé par la convoitise des adversaires de la Couronne, comprenez les seigneurs féodaux…
Ces derniers à l’âme fortement rebelle s’opposaient au pouvoir centralisateur du roi, à tel point que le 16 juillet 1465 fut déclenchée la célèbre « Bataille de Montlhéry », un des plus affrontements guerriers de la fin du Moyen-Age qui opposa le roi Louis XI à une coalition de ces grands seigneurs, dont Charles le Téméraire, le futur Duc de Bourgogne, membre de cette alliance dite « Ligue du Bien public ».
La bataille se déroula sur les actuels territoires de Montlhéry et de Longpont sur Orge. Les combats sont très confus et violents, avec des charges de cavalerie et de nombreux retournements de situation. À un moment, Louis XI manque même d’être capturé. Curieusement, les deux camps revendiquèrent la victoire et aucune armée ne fut complètement détruite.
Les rebelles continuèrent leur marche sur Paris et finalement Louis XI négocia pour éviter une guerre trop longue.
Les traités de Conflans et de Saint-Maur accorderont dès lors des concessions aux Princes rebelles mais très rapidement le « roi matois » reprendra progressivement ces concessions renforçant ainsi le pouvoir royal.
Paul Fort, le « Prince des poètes » (1872-1960), installé à Montlhéry de 1912 à sa mort, y écrivit son ouvrage « Montlhéry-la-Bataille », narrant sur un ton léger et ironique cette curieuse bataille sans véritable vainqueur.
Le site féodal de Montlhéry a continué d’être le lieu de nombreux affrontements guerriers de l’Histoire. En 1591, le château a été démantelé, ne laissant pour témoin de son glorieux passé, le fameux donjon, entouré de quelques vestiges environs tels que nous les connaissons aujourd’hui….
Au XIXème siècle, la « Tour » troqua sa vocation stratégique pour une autre, cette fois-ci d’ordre scientifique…
Où elle servira de plateforme pour des expériences majeures sur le calcul de la vitesse du son et de la lumière, ainsi que pour des essais de télégraphe optique….
Aujourd’hui, elle embrassé une nouvelle vocation, cette fois-ci culturel et touristique car elle constitue indéniablement un témoignage vivant du patrimoine médiéval français, attirant tous les visiteurs et passionnés d’histoire locale.
Longtemps fermée au public, elle est à présent de nouveau visitable (généralement à la belle saison, entre avril et octobre et éventuellement lors des journées du Patrimoine).
Ainsi la Tour de Montlhéry est devenue indéniablement le symbole de l’Essonne, ce jeune département, né officiellement le 1er janvier 1968 mais issu d’un territoire riche d’un passé historique souvent méconnu, abritant églises, châteaux et autres sites remarquables mais dont la mise en valeur récente donne des signes encourageants d’invitation à la découverte….
Cette tour demeure la gardienne de la mémoire d’un passé révolu tout en regardant passer les siècles sans jamais détourner les yeux. Elle a ainsi vu les puissants s’affronter pour la conquête du pouvoir, des routes changer de nom et voir les champs environnants se transformer en banlieue.
Oui, elle mérite bien son surnom de « Phare de l’Essonne », celui qui nous sert de vigie, nous éclaire et devient en quelque sorte un repère intérieur pour qui la regarde et nous fait dire : « Quand on la voit, on sait où l’on se trouve… »